Qu'il est commun de découvrir les ultimes paroles d'un défunt à côté de sa dépouille ! Je ne me serais jamais douté que je me retrouverais un jour à écrire une telle note posthume, mais cela me semble finalement la meilleure chose à faire, compte tenu de la situation à laquelle je suis confronté. Le récit de ma mort est hautement comique, et j'espère qu'il vous fera rire, vous qui avez trouvé ce mot. J'en ris moi-même, d'ailleurs. Est-il plus merveilleuse façon de mourir ?
C'est en traversant Astrub que j'ai fini par atteindre cette caverne bien camouflée. Partiellement emplie d'eau de mer, elle semblait receler mille dangers, mais aussi, peut-être, un fabuleux trésor. C'est pour cette raison que je m'y suis engagé. Jamais je n'aurais pensé y découvrir un édifice Brakmarien ! Je suis monté au sommet de cette tour après avoir été attaqué par un garde. J'avais l'intention de soigner mes blessures et de repartir sans attendre mais, dans l'excitation de l'instant, j'ai confondu ma fiole de poison avec celle de soins. Et me voilà mourant. J'ai aussitôt bu ma potion de soins, mais elle n'a pas contré l'effet du poison. Je le sens qui me ronge l'intestin. Je mourrai avant la fin de la journée, riant de ma malchance.
J'ai sur moi une clé dont je n'ai pas encore trouvé la serrure correspondante. Je l'ai découverte près de l'entrée. Qui sait si elle ne conduit pas au trésor des lieues ? Si tel est le cas, ce n'est pas moi qui en profiterai.
Félicitations pour être arrivé jusque-là, vous qui lisez cette note. Prenez bien garde à ne pas boire le reste de ma fiole. Cette substance est aussi écœurante que la bave de dragodinde, mais je peux vous assurer qu'elle est dix fois plus dangereuse.
Plusieurs heures se sont écoulés depuis l'écroulement de la galerie. J'ai vécu de nombreuses aventures passionnantes, mais je crains fort que celle-ci ne soit la dernière. Je ne sais toujours pas ce qui s'est produit. L'éboulement a-t-il été provoqué par un piège ? Je n'ai pourtant pas entendu de déclic. Peut-être s'agit-il juste d'un stupide accident, auquel cas j'aurai eu la malchance de me trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Quoi qu'il en soit, me voilà à moitié enterré sous les gravats et avec les deux jambes cassées. La douleur était insupportable durant la première heure... ou étaient-ce les deux premieres? Impossible à dire. On perd toute notion de temps dans ce genre de lieu, surtout dans une situation telle que la mienne. Mais je ne sens presque plus rien, désormais. Je sais que mes heures sont comptées. C'est ici que je vais mourir, dans ce tombeau. Mais existe-t-il meilleur endroit pour un défunt ?
Mes aventures m'ont amené partout dans le continent. J'ai vu des endroits dont on disait qu'ils n'existaient pas, j'ai trouvé des trésors et artefacts que l'on élevait au rang de mythes, depuis le calice des origines jusqu'aux gemmes, aux pouvoirs surpuissants, en passant par les redoutables reliques religieuses qui n'attirent guère que les fous. Au moins, j'emmènerai ces bons souvenirs avec moi dans l'au-delà.
Mon père me manquera. Tout comme moi, il était aventurier dans l'âme. Je n'ai fait que suivre ses traces, même si j'ai eu beaucoup plus de chance que lui. Jusqu'à aujourd'hui, bien sûr. Il va rester seul, désormais. Mais au moins, je n'aurai plus à supporter ses blagues sur mon animal de compagnie . Et mes élèves... comme j'aimais leur enseigner les secrets de tout ce qui est inconnu et mystérieux ! Puissent-ils voler de succès en succès.
Et je ne pars pas seul. Ma fidèle armure de cuir, mon épée et, surtout, mon chapeau si singulier sont toujours à mes côtés, même si je ne puis les toucher, engloutis par l'éboulis. Mais je sais que, là où ils se trouvent, personne ne pourra jamais me les prendre. Non, je ne mourrai pas seul...
Adieu,
"Hash-Arin l'Osa gris "