Le vent s’amusait avec elle. Il l’emmenait délicatement dans les hautes sphères, puis la rabattait violemment sur le sol. Peu avant qu’elle ne frôle l’herbe, elle s’envolait à nouveau. Un côté clair, un côté sombre jouaient consécutivement sans jamais se croiser. Les bourrasques ne semblaient pas les distinguer, les entrainant l’un comme l’autre. Ce qui n’était pas de l’avis de l’Orme. Il la plaqua contre lui. Les rayons du soleil s’attardèrent sur sa surface lisse, réchauffant délicatement le côté clair. L’écorce agrippait tant bien que mal l’autre face, désespérément froide. Une rude bataille se tenait là, entre deux voisins aveugles.
Chacun ignorant la réalité de l’autre. La face claire réclamait de la fraicheur, tendis que l’autre de la chaleur. Dans un ultime effort, une brise tenta de concilier les deux. L’Orme relâcha sa prise. Elle virevoltait librement. Se tordant, s’étirant, suivant la courbe de l’air. Les deux faces se joignirent enfin dans une douloureuse déchirure. La feuille tomba à terre, éparpillant ses morceaux, maintenant illisibles.