La petite disciple de Xelor discrete qui hante depuis quelques temps la maison Seriane d'Astrub vient, apres tant d'autres avant elle, deposer un parchemin enroulé dans cette salle qui en compte des dizaines comme celui ci. Elle aussi a décidé de se montrer au Clan qu'elle vient de rejoindre, et de lui confier son histoire. Tout ne sera sans doute pas dit, mais vous pourrez au moins comprendre comment, elle aussi, a un jour franchi la porte de la maison Seriane pour aller visiter les deux pieces si longtemps secretes que sont la cave et l'etage, toute fiere de son statut de néophyte du Clan de Seriane-Kerm.
A ceux qui l'ont regardé de plus pres, ils ont pu voir une petite gamine qui ne fait, mais alors pas du tout les 20 ans qu'elle declare. Petite, moins d'un metre soixante, taille tout de meme respectable pour une disciple de Xelor. Ses cheveux qui semble noirs aux premiers abords presentent en fait des reflets violets. Pour le reste, comme le veut les regles de sa religion, on ne peut rien voir sous ses bandages, sinon ses grands yeux noirs, et soulignés de cernes foncés.
C'est a present votre choix de derouler ce parchemin et d'en apprendre plus sur elle. Et si vous decidez de le faire, voici ce que vous pourrez y lire :
Je m'appelle Genea, Genea Eigol, je viens de Sert-Niol. Fille de Astro Eigol et de mere inconnue. Je n'ai aucun souvenir de ma mere et mon pere n'a jamais voulu me parler d'elle. Il n'a jamais tenu a me parler tout court, d'ailleurs. La seule chose que je sais, c'est qu'elle etait disciple de Sram, et elle a disparu comme il convient aux serviteurs de ce dieu : sans laisser de traces.
Laissez moi vous etonner : j'ai eu une petite enfance heureuse, loin de tout. Nous habitions une minuscule ferme a l'ecart d'un petit village, mon pere, mon frere Idéo, notre chien Pato et moi, et nous avions tres peu de relations. Ce n'etait pas le paradis, et notre pere ne faisait rien pour nous faire croire qu'il nous aimait, mais il n'etait pas non plus mechant. Mon frere et moi appreçiions nos journées. Le matin, nous aidions notre pere aux champs, et nous passions l'apres midi a faire ce que bon nous semblait. Le plus souvent, mon frere allait s'entrainer dans la foret, et je le suivais et le regardais faire pendant qu'il me racontait des histoires. Il en connaissait plein, et la plupart du temps elles prenaient place en Amakna, pays alors lointain où il révait de se rendre un jour, et d'y devenir celebre. Mon frere avait commencé son entrainement de disciple de Iop malgrés le fait que notre pere ne soit pas d'accord. Et il souhaitait comme tant d'autre, une fois sa formation terminée, aller montrer sa force au pays des Dofus.
Pour ma part, j'etais tres triste a l'idée de son depart prochain. Il etait a la fois ma seule famille et mon seul ami, et je le suppliais chaque jour de ne pas partir ou de m'amener avec lui, ce a quoi il repondait invariablement qu'Amakna etait un pays trop dangeureux pour une petite fille. Il avait raison evidement, mais aucun danger ne me semblait plus dur que le fait de devoir vivre sans lui a Sert-Niol. Lorsque j'ai eu 10ans, il est parti...
Ma vie a Sert-Niol changea radicalement. Mon pere me repprochait le depart de mon frere, qu'il comptait comme une main travailleuse de plus et rien d'autre. Je du a partir de ce jour passer mon temps a travailler, labourer, recolter. Mes rares temps de loisir, je les passais a songer a mon frere, a imaginer ce qu'il pouvait bien faire, la bas, en Amakna. Il m'envoyait souvent des lettres que je recuperais chez un vieux monsieur du village, qui allait ensuite devenir mon maitre, pour que mon pere n'en soit pas au courant. Dans ses lettres il me recontait sa nouvelle vie. Sa force et son assurance lui avait permis de rejoindre une puissante guilde, et ses journées etaient toutes plus interessantes les unes que les autres. Il ecrivait de longues pages dans lesquelles je pouvais lire comment ses compagnons et lui avaient pris d'assaut un campement de bowrks, comment il avait sauvé une jeune disciple d'Eniripsa d'un groupe de sangliers agressifs, ou encore comment il gagnait sa vie en escortant des marchands de village en village. C'est ainsi que mes reves se peuplaient de bribes de la vie de mon cher frere, si loin...
Et un jour, plus aucune lettre ne me parvint.
Je restais plusieurs mois sans aucune nouvelle de mon frere, et sans non plus d'echappatoire a mes tristes journées. L'inquietude me rongeait evidement, et c'est a ce moment la que je songeais pour la premiere fois a me rendre moi aussi en Amakna, a sa recherche. Rien ne me retenait a Sert-Niol, si ce n'est les dangers sur le chemin. Mais je ne parvenais pas a faire le premier pas, le plus difficile, en direction d'Amakna.
Je decidais alors de moi aussi devenir disciple d'un dieu, et de suivre une formation afin de pouvoir me defendre sur la route qu'avait emprunté mon frere. Pour ce qui est de mon choix, et bien... Premierement, je pensais avoir des dispositions pour servir Xelor. Depuis toute petite, j'arrivais a ralentir les montres et pendules, simplement en regardant la trotteuse et en lui demandant de s'arreter. J'adorais ces objets, et la notion du Temps me faisait l'effet d'un Eden caché derriere le monde. Ensuite, je savais qu'un vieux maitre Xelor habitait dans le village proche, et j'esperais qu'il accepterait de me prendre sous son aile, ce qu'il fit. J'avais 12 ans, je fuguais de chez mon pere pour ne jamais le revoir, et je commençais ma formation de disciple de Xelor...
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Il vaut mieux perdre son chemin que de se perdre soi-meme